The Speed Project LALV
The Speed Project : de Los Angeles à Las Vegas, sans itinéraire et sans règles
Los Angeles comme point de départ. Las Vegas comme ligne d’arrivée. Entre les deux : aucune route imposée, aucun balisage et plus de 480 kilomètres à parcourir.
C’est toute la particularité de The Speed Project, une course en relais à part dans l’univers de l’ultra-endurance. Sur le format historique « OG », notre équipe était composée de six coureurs – trois femmes et trois hommes – avec un objectif simple sur le papier : rallier Los Angeles à Las Vegas le plus rapidement possible.
Mais contrairement aux ultra-trails que j’avais pu accompagner auparavant, ici, aucun parcours n’était prédéfini. À nous de construire notre propre itinéraire, de déterminer les routes les plus rapides, mais surtout les plus sûres, et d'assurer nous-mêmes la sécurité de l'équipe pendant toute l’aventure.
Un défi sportif, mais surtout l’un des projets logistiques les plus complexes que j’ai eu à coordonner.

480 kilomètres à construire avant même de pouvoir les courir
Le travail a commencé bien avant le départ. Il fallait transformer deux points sur une carte en un itinéraire capable d’être parcouru par six coureurs et deux véhicules, tout en conciliant performance et sécurité.
Chaque portion devait être étudiée : routes accessibles, circulation, changements de coureurs, déplacements des véhicules, points de rencontre ou encore zones permettant aux équipes de se retrouver. Là où une course traditionnelle fournit un tracé balisé et sécurisé, nous devions créer notre propre terrain de jeu et notre propre organisation.
À cela s’ajoutait la constitution d'une équipe de dix personnes. Six coureurs, deux vidéastes-photographes et deux conducteurs chargés également de participer à la sécurité et à la logistique.
Le choix de ces profils faisait donc pleinement partie de la préparation. La polyvalence était essentielle. Parmi eux, un ancien sapeur-pompier, ancien sportif de haut niveau et pilote de drone, capable de comprendre les contraintes physiques des athlètes tout en participant à la sécurité et à la création de contenu. Un autre conducteur, lui-même coureur et habitué à des environnements où l’anticipation et la logistique sont essentielles.
L'objectif était de construire une équipe où chacun pouvait apporter bien plus que sa fonction principale.

Deux équipes, deux véhicules, une seule course
À 4 heures du matin, Los Angeles dort encore lorsque les camping-cars et véhicules des différentes équipes commencent à prendre la route.
Notre organisation repose sur un camping-car et un 4x4, avec une équipe divisée en deux groupes. Pendant que trois coureurs et deux membres de la logistique progressent sur le parcours, les autres rejoignent le camping-car pour dormir, manger et récupérer avant de reprendre leurs relais.
Puis les rôles s'inversent.
Pendant des centaines de kilomètres, il faut donc maintenir les deux groupes parfaitement synchronisés. Prévoir où se retrouver, anticiper l'arrivée des coureurs, préparer les changements de relais, surveiller la progression du second véhicule et réagir lorsqu'un timing prévu plusieurs heures auparavant ne correspond plus à la réalité du terrain.
Et sur plus de 480 kilomètres, le plan ne peut évidemment pas rester figé.
La fatigue s'installe, les rythmes évoluent, certaines routes demandent davantage de vigilance et les écarts entre les différentes équipes obligent constamment à observer ce qui se passe autour de nous. La logistique devient une course parallèle à celle des athlètes.

Courir 90 kilomètres tout en coordonnant l'aventure
Cette édition avait également une particularité supplémentaire : je ne coordonnais pas seulement le projet, j'en faisais partie en tant que coureur.
Au fil des relais, j’ai parcouru plus de 90 kilomètres, tout en continuant à suivre la logistique générale de l'équipe.
Il fallait passer du rôle de coureur à celui de coordinateur : terminer un relais, récupérer, puis vérifier la progression des véhicules, anticiper le prochain checkpoint, s'assurer que chacun savait où aller et que les besoins des athlètes étaient couverts.
Le tout aux États-Unis, avec une équipe majoritairement française, ce qui impliquait également d'assurer le lien et la communication en français et en anglais lorsque cela était nécessaire.
Une expérience qui demandait de rester lucide malgré la fatigue et surtout de savoir s'adapter en permanence.

Courir, mais aussi raconter l'aventure
The Speed Project était également un véritable projet de création de contenu.
Deux créateurs de contenu participaient à la course avec, en parallèle de leur performance sportive, l'objectif de documenter l'aventure pour leurs réseaux sociaux et de produire chacun une vidéo YouTube.
Les deux vidéastes-photographes devaient donc évoluer au milieu d'une logistique déjà complexe : anticiper les endroits intéressants à filmer, rejoindre les coureurs, produire des images sans perturber la course et réussir à raconter une aventure qui ne s'arrêtait jamais.
La création de contenu devait être pensée avant, pendant et après le projet, tout en restant au service de la performance sportive.

Dix personnes jusqu'à Las Vegas
Après des centaines de kilomètres de relais, de changements de véhicules, de kilomètres courus dans le désert et d'ajustements permanents, Las Vegas finit par apparaître.
L'objectif n'était pourtant pas uniquement d'atteindre la ligne d'arrivée. Il fallait y amener les dix membres de l'équipe dans de bonnes conditions.
Mission accomplie : aucun coureur blessé, aucun accident, aucun problème logistique majeur, et les deux véhicules rendus dans un état impeccable.
Derrière cette arrivée se trouvait également tout le travail moins visible réalisé en amont : budgétisation du projet, suivi des dépenses, recherche de partenaires et financement de l'aventure, en plus de la construction et de l'exécution de toute la logistique.

Quand le collectif devient la logistique
The Speed Project a probablement été l'un des projets les plus complets que j'ai eu à coordonner. Non pas par sa durée – un peu plus d'une semaine sur place – mais par le nombre de personnes, de missions et de contraintes à faire fonctionner simultanément.
Six coureurs, quatre personnes dédiées à la logistique et au contenu, deux véhicules et plus de 480 kilomètres sans itinéraire imposé.
Dans une aventure où presque aucune règle n'existe, notre rôle était justement d'en créer suffisamment pour aller vite, rester en sécurité et avancer ensemble.
Et c'est aussi l'esprit d'All4One : réunir les bonnes personnes, exploiter les forces de chacun et construire autour des athlètes une organisation capable de s'adapter lorsque le terrain ne suit plus le plan.
